NUNAVIK'S LOG BOOK

ARRIVÉE À DESTINATION

Le NM Nunavik a récemment complété sa traversée historique du passage du Nord-Ouest.

Nous aimerions remercier le capitaine Randy Rose et son équipage pour leur navigation sécuritaire et efficiente; Tim Keane et Gary Bishop, dont l'éloquence a permis de nous faire vivre cette aventure;  Canadian Royalties, notre précieux client; l'équipe arctique de Fednav à Montréal; ainsi que tous nos fidèles lecteurs.

Ce projet s'inscrira dans nos mémoires à tous. Merci d'avoir suivi notre périple.

Vos amis à Fednav.

Jour 26, LA TOUTE FIN

Notre belle grande équipe de Fednav est arrivée au terme de son périple historique à travers le passage du Nord-Ouest.

Merci à tous ceux qui nous ont suivis et qui font fait en sorte que nous n’oublierons jamais ce voyage. C’est une journée douce-amère en ce qui me concerne, car il s’agit de ma dernière traversée après 22 années passées en mer. Je vais maintenant passer à un travail de bureau en tant que superviseur et rejoindre les rangs des terriens.

Je voudrais remercier tout le monde à Fednav de m’avoir donné le privilège, en tant que chef mécanicien, de prendre livraison du Nunavik au Japon, de franchir le canal de Panama, de naviguer jusqu’à Baie Déception et de retourner plus tard en Chine à travers le passage du Nord-Ouest, réalisant en fait une circumnavigation de la grande île que constitue l’Amérique du Nord. La rédaction de ce blogue a été pour moi aussi un extraordinaire moyen de comprendre la portée de ce que nous avons accompli et il s’agit assurément d’une trace qui mérite d’être conservée. J’espère que vous avez savouré mon humour terre-neuvien et que vous avez ri avec moi, sinon de moi.

Je me dois de remercier Ariel Regev pour la mise à jour du site et Philippe Gauthier pour la traduction française. Je tiens aussi à remercier Nicole Bishop, mon exceptionnelle épouse qui a toujours soutenu ma vie de marin. Également, mes bons amis, Mike Hennabury, John Drover, Pamela Sooley et Brian Searwar, qui m’ont alimenté en anecdotes tout le long du trajet. Mais plus important encore, je dois remercier notre capitaine et bon ami Randy Rose. Son excellent leadership, la qualité de ses relations avec tout l’équipage, ses connaissances approfondies de la navigation dans les glaces, sa priorité accordée à la sécurité avant tout, ses 25 années d’expérience dans l’Arctique et sa capacité à encaisser une bonne blague dirigée vers lui ont fait de cette traversée l’expérience d’une vie.

Réalisez vos rêves!

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 25, Patience

Nous nous approchons des zones de trafic de Dalian et de Laotisha Shuidao. Le capitaine observe qu’il a l’impression d’être de retour sur les Grands Bancs de Terre-Neuve dans les années 1980. Des bateaux de pêche de toute taille et de toute forme parsèment les eaux, séparés de moins de 500 pieds les uns des autres. L’officier de quart a fort à faire pour éviter l’abondance de chaluts, de bouées et de filets et s’assurer de ne pas faire de dégâts. Dalian, la cinquième plus grande ville portuaire de Chine, compte 6,7 millions d’habitants. Elle est considérée comme l’une des villes chinoises où la vie est la plus agréable, ainsi que comme l’une des meilleures destinations touristiques du pays.

J’aurai peut-être un jour le temps de la visiter, mais pour le moment, je n’ai pas le temps de m’amuser. Nous sommes presque rendus. Il ne reste plus qu’un jour après ce 25e, ce qui, après tout le mauvais temps que nous avons dû endurer, n’est pas trop mal. Tout ce qu’il nous faut, c’est un peu de patience. Hum. Il faut que je trouve la chanson Patience, de Guns N’ Roses, et que je la fasse jouer sur les haut-parleurs du navire.

Nous arriverons à la station de pilotage de Bayuquan demain matin vers 6 h et à partir de là, nous avons déjà le feu vert pour nous diriger vers le quai et décharger notre cargaison. Nous prévoyons ne rester à quai que 40 heures, ce qui doit suffire pour le départ des 14 membres d’équipage, l’arrivée de la nouvelle équipe, quelques réparations mineures, la réception des fournitures, remplir des sondages et rédiger le dernier texte de ce blogue. Ce sera une escale des plus occupées.

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 24, C’est bon!

Une autre nuit au sommeil agité et une journée à l’avenant. Des vents de tempête de 40 à 50 nœuds soufflant du nord soulèvent des lames de 6 à 8 mètres que notre navire, qui navigue vers le nord en direction de Bayguan, affronte de face. Le capitaine a réduit notre vitesse à 3,5 nœuds afin de réduire le tangage et les chocs contre les vagues, aggravés par la forme de la proue particulière aux brise-glaces. Les énormes collisions de la proue avec l’océan soulèvent d’impressionnantes quantités d’eau, qui recouvrent le pont principal de part et d’autre du navire et s’y écoulent sur 120 mètres jusqu’aux aménagements à l’arrière.

La hauteur et la fréquence des vagues sont aggravées par la faible profondeur de la mer Jaune. Elle porte bien son nom : les particules de sable soulevées par les tempêtes de sable du désert de Gobi s’y déposent, donnant une couleur d’un jaune doré à la surface de l’eau. Mais aujourd’hui, pas d’eau dorée, le mauvais temps agite des vagues d’un bleu sombre surmontées d’écume blanche.

Le moral de l’équipage souffre d’être secoué de la sorte. Comme mon vol de retour de la Chine est prévu pour le 16, j’incite le capitaine à augmenter la vitesse, mais sa réponse, un ironique « C’est bon! » (réplique emblématique du personnage d’Agnes Brown dans la série télévisée Mrs Brown’s Boys) ne me laisse que peu d’espoir. Les bulletins météo montrent que la mer devait se calmer tard en soirée et si nous pouvons alors reprendre notre rythme de croisière, nous devrions arriver à destination le 15 – juste à temps.

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 23, Jeju, l’île de l’amour

À midi aujourd’hui, nous sommes passés entre l’extrémité sud de la Corée et l’île de « Jeju Love Land ». Ce paradis semi-tropical a été déclaré l’une de sept nouvelles merveilles du monde. En son centre se trouve le volcan Hallasan, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO et destination recherchée par de nombreux randonneurs. Ses longues plages et ses magnifiques centres de villégiature en font une destination de choix pour les lunes de miel. Quant au lieu appelé fort à propos « Jeju Loveland », il vous faudra vous servir de Google par vous-même pour en appendre plus!

Nous nous orientons maintenant vers le nord en direction de la Chine, ce qui nous a fort heureusement permis d’éviter les plus importants effets du typhon Vongfong par environ 300 milles nautiques. La houle n’est que de 2,5 mètres. Il y a actuellement plus de 100 navires dans un rayon de 70 milles, dont un tout nouveau pétrolier de brut de 317 300 tonnes, le NM Al Kout, qui termine ses essais en mer. Les forts vents soufflant toujours de la poupe, nous naviguons à 13 nœuds sans aucun effort; il nous a même fallu réduire le régime des machines à plusieurs reprises pour maintenir notre vitesse.

À 48 heures seulement de notre arrivée à destination, nous commençons à avoir des fourmis dans les jambes. Tout semble très tranquille à bord. L’équipage travaille à l’intérieur, nettoyant et récurant nos quartiers en prévision de notre arrivée. Les marins qui ne sont pas de quart commencent à faire leurs bagages et à tout préparer pour le prochain équipage. Après huit semaines passées à bord, à faire la moitié du tour du monde, le capitaine et moi-même avons hâte de revoir nos familles.

La journée grise et couverte, qui nous a apporté de la bruine, se termine à la perfection avec un autre spectaculaire coucher de soleil.

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 22, PARTOUT DES TERRE-NEUVIENS!

Nous nous sommes réveillés sous une autre journée ensoleillée dans la mer du Japon. Vers midi, la température a atteint 21 °C. Il y a actuellement six navires dans notre entourage. Les vagues font 1,5 mètre de hauteur et les vents soufflent à 23 nœuds en direction est-nord-est. Avec ce vent de poupe, nous n’arrivons pas à trouver un endroit convenable pour notre barbecue, mais nous n’avons pas perdu espoir.

Nous allons aujourd’hui nous livrer à divers exercices pour nous préparer à notre arrivée. Parmi ceux-ci, il y aura un exercice de sécurité. Une fausse bombe sera cachée dans le navire, après quoi il y aura un appel à la bombe et on fera retentir le signal d’alarme. Quatre équipes iront fouiller leurs zones assignées et on vérifiera la qualité de leur travail de recherche et de sécurisation, ainsi que la manière dont elles auront trouvé la bombe. L’officier responsable de la sécurité sera avisé dès qu’elle sera trouvée, après quoi il demandera l’aide aux autorités. Plusieurs scénarios peuvent alors s’appliquer, selon le lieu et la nature de la découverte. L’équipage d’un navire doit connaître toutes les ficelles de la sécurité et être formé à toutes les techniques permettant de sauver des vies que l’on trouve normalement à terre.

Nous maintenons le cap sur le sud-ouest et nous pensons atteindre le détroit de Corée vers 23 h. Nous nous attendons à ce que le secteur soit couvert de petits navires de pêche. La ville coréenne d’Ulsan se trouvera alors à tribord. Il s’agit du plus grand chantier naval au monde, propriété de Hyundai Heavy Industry. Il est à noter que Dan, qui est mon voisin à Paradise, Terre-Neuve, travaille actuellement dans ce chantier, où il assemble des modules d’installations de surface pour le projet pétrolier Hebron, au large de Terre-Neuve. Que l’univers se le tienne pour dit, il y a partout des Terre-Neuviens!

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 21, Aboyer à la lune

Nous avons enfin aperçu les feux de la civilisation la nuit dernière. Pendant que nous traversions le détroit de Tsugasu Kaiko, le Japon nous est apparu sous un magnifique ciel nocturne complètement dégagé. La pleine lune se reflétait dans l’eau. Le capitaine y est allé de son interprétation de « Bark at the Moon » (Aboyer à la lune) d’Ozzy Osbourne (qui se serait douté qu’il savait chanter!).

Avec un courant venant de face à 5 nœuds, nous avons dû débrider l’énorme moteur pendant quelque temps, histoire de maintenir la vitesse du navire pendant que nous négocions la partie la plus étroite du passage. Nous sommes maintenant en plein milieu de la mer du Japon, naviguant confortablement à 13 nœuds sur un cap de 226 degrés. Le vent à tribord nous aide à maintenir la vitesse.

La Russie se trouve au Nord, la Corée du Nord à l’ouest, la Corée du Sud au sud et le Japon à l’est. Cette mer d’un million de kilomètres carrés a traditionnellement protégé le Japon des invasions venues des territoires à l’ouest. La température de l’air est de 19 °C et celle de l’eau, de 20 °C, tandis que le soleil brille dans un ciel dégagé. Si j’avais pensé à apporter une paire de skis nautiques, ce serait le moment idéal pour les essayer. Je sens que si la température se maintient, nous pourrons convaincre le capitaine d’organiser un autre barbecue. Une suggestion, comme ça!

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 20, JE SUIS LE ROI DU MONDE!

Allons, vous saviez que ça s’en venait! Comment pourrions-nous compléter cette traversée sans faire allusion à la plus célèbre scène du film Titanic? Et nous avons une photo en prime. Hier soir, le coucher de soleil a été extraordinaire et ce matin, la température de l’air est à 18 °C, celle de l’eau à 15 °C. Le soleil brille, la mer est calme et nous avons eu une bonne nuit de sommeil, donc, la vie est belle. Une tempête? Je ne me souviens pas d’une tempête.

L’équipe de la salle des machines a obtenu un répit des entrailles du navire pour aller faire l’entretien de treuils situés à l’avant, près de la proue. Avec le soleil, le vent chaud du Pacifique, la vue sur quelques baleines et l’absence du bruit du moteur, il se pourrait que le travail prenne beaucoup plus de temps que prévu! Et puis, les hommes étant ce qu’ils sont, ils commencent à s’amuser dès qu’il y a un appareil-photo en vue. Je pourrais avoir à en forcer un à s’avancer sur une planche...

L’équipe du pont s’affaire à la prévention des collisions. Il y a maintenant 25 navires dans un rayon de 25 milles et plus nous nous approchons du détroit de Tsugasu Kaikyo, plus leur densité augmente. Dire que nous n’avons vu qu’un seul navire en huit jours de traversée du passage du Nord-Ouest! Le capitaine et le premier lieutenant ont pu sortir aujourd’hui et effectuer une bonne inspection des dégâts provoqués par le mauvais temps. Tout a tenu le coup, il suffira de quelques réparations mineures. Mieux encore, le navire est très propre, après avoir lessivé par toute ces grandes lames.

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 19, SOIR DE PLEINE LUNE

La pleine lune brillait hier soir dans le ciel au-dessus de l’océan, illuminant et donnant vie à toute l’eau soulevée par des lames de huit mètres. La mer déchaînée et des vents soufflant à 60 nœuds ont soumis notre bon Nunavik à un fort roulis. Le gîte a atteint jusqu’à 35 degrés, assez pour me donner la chair de poule. Les ponts étaient couverts de mousse blanche qui atteignait le pont des embarcations de sauvetage, 11,6 mètres au-dessus du niveau de la mer. Comme vous pouvez l’imaginer, nous n’avons pas tellement dormi et nous avons souffert du mal de mer.

Au lever du jour, la mer s’est calmée, la houle retombant à deux mètres. Vers midi, le soleil a réussi à percer les nuages, redonnant un peu de courage aux marins et effaçant peu à peu de nos esprits l’horrible sensation de la nuit dernière, celle d’avoir été pris entre le diable d’une part, et les profondeurs bleutées de l’océan de l’autre – mais si seulement l’oubli était si facile!

Nous ressentons en ce moment la brise chaude du Pacifique pendant que nous nous écartons pour dépasser le NM Cold River, un vraquier de petit tonnage. Nous apercevons également le NM Costco Shanghai, un porte-conteneur naviguant à quelques milles de distance à bâbord. Plus tard ce soir, nous allons passer au large de l’île japonaise d’Hokkaido, où se trouve la ville de Sapporo, hôte des Jeux olympiques d’hiver de 1972. C’étaient les premiers tenus en Asie et la première fois que le Canada n’envoyait pas d’équipe masculine de hockey. Mais ce fut l’année de la Série du siècle et de la victoire du Canada sur les Soviétiques, l’année où le nom de Paul Henderson était sur toutes les lèvres.

Le second lieutenant s’occupe actuellement à compléter les préparatifs de la traversée demain du détroit de Tsugaru Kaikyo, réputé pour ses courants très puissants. Avec un peu de chance, se trouver du côté ouest du Japon nous protégera de la pleine puissance du nouveau typhon Vongfong qui approche. Pour nous mettre dans l’ambiance, le capitaine et moi avons commencé à regarder The Pacific, une télésérie de HBO.

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 18, PISTE DÉGAGÉE POUR L’ATTERRISSAGE

La plate-forme d’atterrissage numéro 3 pour hélicoptères voit enfin de l’activité. Près de 100 goélands s’y sont posés. Tim, doit-on percevoir les frais d’embarquement en dollars américains ou en roubles russes?

Hier après-midi, le typhon Phanfone nous a enfin laissé un moment de répit, juste à temps pour que la mer relativement calme nous laisse reprendre notre tournoi de fléchettes. Les jeux ont donc repris, avec quatre concurrents bien déterminés à inscrire leur nom sur un trophée flambant neuf. En première ronde, le capitaine contre le troisième lieutenant. John Fogerty lance la première fléchette, dans son « attention dans les coins » et, après avoir infligé une défaite dévastatrice, se qualifie pour la finale. Dans la seconde partie, le second lieutenant affronte le motoriste. Le triomphe du second lieutenant brise les espoirs de la salle des machines. Après un peu de repos et de bonne musique, le capitaine affronte le motoriste pour la troisième place et se rachète en le défaisant rapidement et décisivement, sur l’air de « Another One Bites the Dust » de Queen. La salle retient son souffle lorsque le second lieutenant affronte le troisième lieutenant, le favori. « Welcome to the Jungle » de Guns N’ Roses, brise le silence. Dans un retournement inattendu, le second lieutenant est couronné champion de fléchettes du Nunavik et le capitaine lui présente le trophée (fabriqué de main de maître par notre monteur, Serhiy Malakhov) sur l’air de « We Are the Champions », de Queen.

Vers 5 h 30, le fort roulis a repris, le typhon Phanfone faisait encore sentir sa force dans la région. Nous naviguons vers le sud le long des îles Kouriles pour réduire les effets de la houle venue de l’ouest. Quatre autres navires naviguent dans les environs. D’ici le milieu de l’après-midi, nous franchirons la fosse des Kouriles-Kamtchatka, dont la profondeur dépasse les 8 000 mètres.

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 17, VOGUER SUR LA TEMPÊTE

Nous avons été incapables d’éviter complètement le typhon Phanfone hier et, pendant la soirée et la nuit, nous avons dû affronter des lames de huit mètres sur notre travers, de même que des vents d’une vitesse dépassant 65 nœuds. Nous n’avons pas dormi de la nuit, alors que nous naviguions ainsi vers le sud sur l’Océan Pacifique.

La matinée a été marquée par un certain apaisement, avec des vagues de cinq mètres et des vents à 35 nœuds. Le typhon a touché le Japon, où l’on rapporte des pertes de vies et d’importants dégâts. La carte météo montre l’arrivée prochaine d’un deuxième typhon, encore plus gros, appelé Vongfong. Il nous rejoindra d’ici quelques jours. Mais avec l’expérience et l’expertise de notre admirable capitaine et la qualité de notre incroyable navire, nous ne doutons pas d’arriver à destination sans encombre.

Lorsque les tempêtes traversent la ligne de changement de date, elles conservent leur nom d’origine, mais elles troquent leur désignation d’ouragan pour celle de typhon. Phanfone a commencé sa carrière comme tempête tropicale au large de Guam et n’a donc jamais été répertorié comme un ouragan.

La finale du tournoi de fléchettes a été annulée, comme il fallait s’y attendre.
Mais restez à l’écoute des résultats, d’ici quelques jours. L’équipage félicite par ailleurs le matelot Ruslan Siskovych et son épouse Tatyana, à l’occasion de la naissance de la petite Anastasia. Il a très hâte de rentrer à la maison et de rencontrer sa fille.Toutes nos félicitations!

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 16, DES EXERCICES, DES EXERCICES ET ENCORE DES EXERCICES!

Après avoir échangé à fond l’eau des ballasts, nous avons mis le cap à l’ouest du trajet que nous nous étions fixé en raison des conditions météorologiques qui s’en viennent. Nous sommes actuellement à proximité des terres, naviguant vers le sud entre la péninsule russe du Kamtchatka et l’île de Béring, ainsi nommée depuis qu’en 1741, le commandant Vitus Béring se fût échoué avec son navire, le Sviatoï Piotr (Saint-Pierre) sur cette île brumeuse, désolée et dépourvue d’arbres. Mais, attendez une seconde, elle me semble bien familière... Se peut-il que nous ayons pris la mauvaise direction quelque part et que nous nous trouvions devant Burnt Islands, à Terre-Neuve?

Les rafales atteignent maintenant les 35 nœuds et soulèvent des nuées d’eau à la proue, ce qui a convaincu le capitaine d’évacuer tout le personnel du pont principal. Hier, nous avons fait des exercices d’évacuation dans la salle des machines. Un incendie simulé dans une chaudière a été adroitement éteint par un équipage bien formé et bien organisé. Nous avons ensuite pratiqué des exercices d’abandon du navire où nous nous sommes entraînés à utiliser les embarcations de sauvetage et à laisser le capitaine couler avec son navire. En fait, je ne le laisserais jamais faire une telle chose, parce que son adorable épouse m’assassinerait sur-le-champ si cela arrivait.

Les finales du tournoi de fléchettes commencent à 18 h et il ne reste plus que quatre finalistes après que le capitaine m’ait finalement éliminé hier soir, sans doute en représailles pour avoir essayé de l’arroser au boyau – je dois cesser de parler de mes plans sur Internet. Il ne reste donc plus que le capitaine Randy Rose, le second Maksym Naberezhnyi et le troisième lieutenant Yurii Zaiats et, dernier représentant de la salle des machines, le motoriste Volodymyr Vororbyov.

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 15, Mais où vendredi est-il passé?

La nuit dernière, nous avons traversé la ligne internationale de changement de date. Comme je me suis mis au lit le jeudi et que je me suis levé le samedi (au fait, suis-je payé pour le vendredi?) on pourrait croire que je suis bien reposé, mais ce n’est pas le cas. Ce n’était que le calme avant la tempête. Hier soir, la houle s’est levée et nous avons commencé à subir un fort roulis, allant parfois de 23 degrés à bâbord jusqu’à 23 degrés à tribord, ce qui a causé la perte de ma tasse Fednav préférée (Note : Tim, j’ai besoin d’une nouvelle tasse).

Les choses se sont calmées ce matin. Nous naviguons à 13 nœuds en eau libre et l’énorme moteur ne ronronne qu’à peine, à 25 % de sa capacité. Avec 29 540 chevaux pour 31 754 tonnes de déplacement, ce navire est d’une puissance inouïe. Le moteur diesel à bas régime et à injection électronique Man B&W 7S70ME-C répond aux normes d’émission OMI de niveau II, et pollue peu quelque soit le niveau de charge entre 6 et 100 %. Ceci en fait le moteur idéal tant pour briser de la glace à haut régime que pour les ralentis en eau libre. En plus de ses émissions réduites, ce moteur offre une fiabilité et une efficacité accrue en raison de longs intervalles qu’il permet entre les révisions, ce qui réduit le temps d’immobilisation et les besoins en pièces de rechange. Il s’agit vraiment de la plus récente merveille en matière de propulsion navale. Le moteur transmet toute sa puissance au moyen d’une hélice à pales orientables placée dans une tuyère fixe, ce qui permet une vitesse de plus de 18 nœuds à pleine charge et une poussée incroyable à travers la glace.

Il ne reste plus que 13 parties pour compléter le tournoi de fléchettes, les éliminatoires devraient commencer demain et je me maintiens toujours en 4e place. C’était aujourd’hui la journée des exercices d’urgence et nous nous sommes amusés avec les boyaux d’incendie et les canots de sauvetage. Je me demande si, après m’être exercé en tout sérieux, je pourrai arroser le capitaine Rose une fois qu’il aura le dos tourné, ou si cela me vaudra d’être fouetté au chat à neuf queues? Bien entendu, je ferai valoir pour ma défense que c’était l’idée du second.

Plus de nouvelles au prochain lever du soleil.

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 14, Bon Jovi, sors de ma tête!

Nous avons quitté le détroit pour la mer de Béring la nuit dernière. J’ai cru entendre jouer en arrière-plan Wanted Dead or Alive, la musique du générique de l’émission Deadliest Catch de Discovery. J’ai essayé de convaincre le capitaine d’entrer à Dutch Harbour pour voir si nous pourrions y recevoir la saison 2014. Mais peine perdue, apparemment notre navire est trop gros et de plus, il n’est pas équipé pour la pêche. Comment m’en serais-je douté?

Au réveil ce matin, nous avons découvert un magnifique lever de soleil sur des eaux calmes. C’est quelque chose qu’on ne peut vraiment savourer qu’en mer – ce sont ces moments qui donnent tout son sens à la vie de marin. La belle température nous permet de sortir dehors et de frotter le pont ou, du moins, de l’asperger à haute pression. On voit plus de faune, dont des canards, des goélands, de petits oiseaux et des baleines. Aux jumelles, nous avons vu des épaulards bondir hors de l’eau.

Le Vladimir Brodyouk, un bateau de pêche de 94 mètres de longueur, est apparu sur notre radar. Nous pourrions donc apercevoir un navire aujourd’hui. De plus, l’île de Nunivak se trouve à bâbord, pas tout à fait notre nom, mais presque. Quant au tournoi de fléchettes, pas de commentaire (le capitaine a noté : « Le chef mécanicien s’est fait battre trois parties de suite »). Nous aimerions aussi souhaiter un joyeux anniversaire à notre coéquipier, Sergiy Nezhynskyi.

À demain.

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 13, Bonjour Sarah!

Ce matin, nous nous sommes réveillés dans le noir et nous n’avons pas vu la lumière du jour avant 9 h, heure du navire. Le calme de la mer était le bienvenu, mais le ciel restait couvert et gris. Nous avons eu notre premier aperçu de la Russie à travers la brume. La température de l’air est confortable, à cinq degrés, et celle de l’eau n’est plus sous le point de congélation. Après les rigueurs de l’Arctique, nous avons l’impression d’être en été. Un faucon d’apparence redoutable s’est perché sur un projecteur au milieu du navire et observe les petits oiseaux qui se pressent dans les eaux tout autour.

Nous avons presque atteint le point le plus étroit du détroit de Béring, qui mesure moins de 55 milles marins de largeur. Nous sommes passés des eaux américaines aux eaux russes il y a une heure environ. À bâbord, nous pouvons apercevoir les îles Diomède; moins de 2,5 milles marins séparent la Grande Diomède, en Russie, de la Petite Diomède, aux États-Unis. Le reste de la Russie se profile à tribord. Je me demande si Sarah Palin nous observe?

Nous avons dépassé la mine Red Dog de Teck tôt ce matin. Ce gisement de zinc, qui détient les plus grandes réserves connues au monde, est aussi le plus grand producteur, représentant à lui seul 10 % de la production mondiale. Fednav transporte le minerai de Red Dog vers les marchés. Nous espérions voir un autre navire de la flotte de Fednav, mais aucun n’est en vue pour l’instant.

Après 32 parties de fléchettes, je demeure miraculeusement parmi les meneurs. Je sens qu’une raclée m’attend ce soir. Pour le reste, la vie à bord poursuit son cours normal. Nous défaisons les préparatifs du navire pour l’hiver et nous le préparons pour la Chine.

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 12, Trombes d’eau à la proue

Nous avons passé la pointe Barrow hier soir à la tombée du jour. Le navire y a été accueilli par une gigantesque houle provenant du détroit de Béring et a commencé à tanguer, soulevant des trombes d’eau à la proue.

Lorsque le tangage s’est calmé, l’équipage s’est réuni dans la salle commune pour son premier tournoi de fléchettes. Le capitaine fournissait les prix et 13 membres d’équipages se sont inscrits à un tournoi de 81 matches visant à désigner un champion. La météo m’ayant été favorable, je suis en avance au terme de la première soirée de jeu (ça ne durera pas!). Je n’ai perdu qu’une seule partie, face au capitaine (je ne suis pas bête à ce point!).

La brume est apparue au moment où nous nous préparions à dormir, ce qui nous a permis de chercher le sommeil au doux son de la corne de brume, qui a lancé ses assourdissants appels pendant une grande partie de la nuit.

Le soleil s’est levé tard ce matin parce que nous avançons rapidement vers l’ouest sous ces latitudes. À partir de ce soir, nous changerons d’heure dix fois à bord avant de prendre notre pause. Ce matin, nous sommes entrés dans la mer des Tchouktches. Les 556 habitants de Wainwright, en Alaska, se trouvaient sur notre travers. C’est ici qu’on a découvert en 2009 « le blob », une prolifération jamais vue d’algues s’étendant sous 20 à 60 km de glace. C’était très intéressant pour les chercheurs, dans la mesure où cela modifie ce que l’on croyait savoir des écosystèmes vivant sous la glace.

Le travail poursuit son cours à bord et nous nous préparons au mauvais temps que nous soupçonnons de nous attendre à l’entrée du détroit de Béring demain.

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 11, Une autre nuit paisible en mer

Une autre nuit paisible en mer. En entendant ce que je croyais être le réveille-matin, je me suis machinalement retourné pour presser le bouton d’arrêt. J’ai eu le temps de refermer les yeux pendant exactement 60 secondes avant de me faire réveiller « en douceur » une fois de plus par le même son... la corne de brume à plein régime!

En sautant du lit et en jetant un coup d’œil sur le pont, j’ai été accueilli par le jour gris et brumeux que révélait le soleil qui se levait derrière nous. En tant que résident de Saint-Jean, Terre-Neuve, je me suis senti à la maison. Je sens le ronronnement constant et rassurant du moteur qui tourne, pendant que le navire glisse sur une houle légère. Il est l’heure du petit-déjeuner et de la réunion de travail quotidienne.

Nous sommes toujours sur la mer de Beaufort, 70 milles nautiques au large de Nuiqsut, en Alaska. C’est une petite localité de 412 habitants qui vient de célébrer le 40e anniversaire de sa fondation par un petit groupe de 14 colons. Elle est maintenant accessible en hiver par des chemins de glace. La nuit dernière, nous avons traversé le 141e méridien ouest, troquant du coup la zone NORDREG pour les eaux américaines (NORDREG est la zone canadienne de déclaration des navires dans les eaux côtières nordiques). Nous n’avons vu aucune trace de faune. Le brouillard s’est levé au cours de la journée et le soleil tente sans trop de succès de percer les nuages.

La vie à bord est revenue à la normale après le départ de nos passagers et est beaucoup plus tranquille, comme l’a observé le capitaine. Le travail de routine occupe nos journées avec les activités de navigation normales, l’entretien périodique et la préparation de la prochaine escale. L’objectif pour aujourd’hui consiste à passer des commandes de pièces, de nourriture, de carburant et d’autres fournitures pour notre prochain trajet... et, c’est le plus important, pour l’équipe de relève!

L’équipage aimerait aussi féliciter le motoriste Volodymyr Vorobyov et son épouse Nataliya à l’occasion de la naissance du petit Oleksandr. Il a très hâte de rentrer à la maison pour faire la connaissance de son garçon. Toutes nos félicitations!

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 10, Début du second volet

Après avoir relevé le défi de traverser le légendaire passage du Nord-Ouest et après avoir déposé nos estimés passagers à Sachs Harbour, nous entreprenons le second volet de notre voyage.

Nous avons déjà parcouru 2 071 milles nautiques et il nous en reste encore 4 914 à franchir avant d’arriver à destination à Bayuquan, en Chine. Nous avons navigué tout en douceur cette nuit. Cela a permis à tout le monde de prendre une bonne nuit de sommeil, ce qui tranchait avec plusieurs nuits passées à négocier des secteurs englacés. Nous nous sommes réveillés sous un ciel nordique d’un bleu très pur, le soleil à peine levé à l’horizon jetant une lumière chaude sur les grues du pont principal. Nous nous trouvons actuellement à la hauteur de Tuktoyaktuk, nom signifiant « qui ressemble à un caribou ». Il s’agit du site du concert le plus nordique jamais donné par le groupe rock Metallica, ainsi que celui du Beluga Jamboree, un festival de printemps se tenant chaque année en avril.

Notre position est de 71° Nord et 133° Ouest. Nous traversons la mer de Beaufort pour contourner la limite sud de la banquise recouvrant l’océan arctique. La mer s’est animée ce matin avec des vagues de trois mètres de hauteur et un vent du sud-est à 25 nœuds, ce qui amène notre brave Nunavik à tanguer un peu sur la houle.

Comme Monsieur Tim Keane, l’auteur initial de ce blogue, est de retour à terre, on m’a confié le mandat de tenir le public informé des détails de notre voyage. C’est une grande pointure à remplacer et il m’a malicieusement offert ses chaussures avant de quitter le Nunavik. Merci, mais... non. Comme j’ai le privilège d’être chef mécanicien de cet incroyable navire, veuillez m’excuser si je me laisse parfois entraîner dans le jargon technique. On m’assure toutefois que notre bon capitaine m’aidera à ne pas dépasser les bornes.

À demain.

Gary Bishop
Ingénieur en chef
MV Nunavik

Jour 10, À terre

À la fin de la journée d’hier, les six membres non essentiels de l’équipage (le chef mécanicien, moins indulgent, nous qualifiait de poids mort) ont débarqué sans encombre à Sachs Harbour. Cette minuscule communauté de moins de 100 habitants se situe à l’extrémité sud-ouest de l’île de Banks. Elle s’est constituée autour du commerce de la fourrure, en particulier celui du renard arctique.

Peu après notre arrivée, nous avons pris l’avion vers Inuvik, puis, plus tard aujourd’hui, un vol vers Montréal. Lorsque nous l’avons quitté, le Nunavik, comme dans les histoires, naviguait vers le soleil couchant.

À partir d’ici, Gary Bishop, le chef mécanicien resté à bord, prendra la relève de ce journal de voyage. Aujourd’hui, le navire voguera au large de l’Alaska, jusqu’à ce qu’il tourne à la pointe de Barrow et qu’il traverse les mers des Tchouktches et de Béring vers le Pacifique.

Tim Keane
Directeur principal, Opérations dans l’Arctique et projets.

Jour 9, Changement de programme

Quelques mots sur le tour qu’a pris la journée.

Nous avons apporté des changements de dernière minute à nos plans en raison des bulletins météo. Comme nous ne sommes pas sûrs qu’un navire pourra passer nous prendre, nous nous sommes mis à la recherche d’un autre point de chute. Et heureusement pour nous, la communauté de Sachs Harbour se trouve 60 milles plus au nord.

Quelques coups de fil à mon vieil ami Terry Camsell d’Island Towing nous ont permis (ou plutôt, lui ont permis) de prendre les dispositions nécessaires. Il en résulte que nous débarquerons à l’île de Banks d’ici dix minutes, à 15 h, heure locale. Grâce à l’aide de Sean Grey, de Braden-Burry Expediting, tout est prêt pour rejoindre la terre ferme. Mille mercis à Terry et à Sean pour leur aide!

Mon expérience du nord se résume à dire que lorsque vous avez l’occasion de progresser, vous devez continuer à pousser. Et nous quittons maintenant le Nunavik avec de vifs souvenirs des neuf jours passés à bord.

Je dois filer, mais je vous tiendrai au courant des nouvelles dès que nous serons à terre en sécurité.

Tim Keane
Directeur principal, Opérations dans l’Arctique et projets.


 

Jour 9, Se dépêcher... et attendre

Hier en soirée, le Nunavik a débouché du détroit de Prince-de-Galles, naviguant vers l’ouest à travers le golfe d’Amundsen, puis sur la mer de Beaufort. Pour certains d’entre nous à bord, il s’agit de la dernière étape. Si tout se déroule bien, nous, les surnuméraires, devrions débarquer demain à Tuktoyaktuk.

« Si tout se déroule bien » - c’est là toute la question. On prévoit que le vent se mettra à souffler cette nuit. Tuktoyaktuk se trouve dans le delta du Mackenzie, l’un des plus longs fleuves au pays, sinon le plus long. Les eaux au large du delta sont peu profondes et, compte tenu de nos 11 mètres de tirant d’eau, le Nunavik ne pourra pas s’en approcher à moins d’une trentaine de milles. On trouve également des pingos dans ce delta. Selon les lointains souvenirs de mes cours de géographie, les pingos sont essentiellement des soulèvements gelés du fond de l’océan – des collines sous-marines qui prennent lentement de l’altitude au fond de la mer de Beaufort. J’imagine qu’il s’agit là du pire cauchemar des hydrographes.

Pas d’images ce matin, le temps est gris et nous sommes à des milles de tout rivage.

Maintenant que nous avons atteint la mer de Beaufort, nous pouvons officiellement nous vanter (selon les normes du Service hydrographique du Canada) d’avoir franchi le passage du Nord-Ouest. Certains soutiennent plutôt qu’il faut avoir navigué de la baie de Baffin au détroit de Béring, mais ici, nous sommes tous très heureux de pouvoir affirmer que nous avons effectué cette traversée.

Tim Keane
Directeur principal, Opérations dans l’Arctique et projets.

On s’ennuie, c’est bon signe

À 17 h heure locale aujourd’hui, nous avions déjà traversé la moitié du détroit de Prince-de-Galles et nous étions rendus à 72° 26' Nord, 118° 18' Ouest.
Les capitaines Rose et Grandy disent chacun à qui veut bien les entendre que dans le contexte de la navigation arctique, « l’ennui est bon signe ». Mais l’ennui, bien sûr, est relatif. Il n’y a rien d’ennuyeux à commander un navire moderne dans l’Arctique. S’ennuyer signifie ici ne pas avoir à passer des heures ou des jours à se frayer un difficile chemin à travers les glaces. C’est la belle vie, si l’on peut dire.

Les conditions restent pratiquement idéales, la visibilité est bonne, mais sous un ciel gris une fois de plus – un thème récurrent de ce périple. Le Capitaine Rose est ravi des conditions, qu’on dirait faites sur mesure. Aujourd’hui, les vents ont poussé la couverture de glace, alors dans une concentration de 5/10, contre le côté sud du détroit. À l’exception d’un court passage, le navire l’a traversé sans encombre. Ce petit passage, toutefois, souligne le caractère imprévisible de la navigation dans l’Arctique. Une seule zone de glace, même petite, peut rendre la route impraticable à la majorité des navires si elle est stratégiquement positionnée.

Mais l’ennui est moins bienvenu lorsqu’il mène les hommes à des entreprises farfelues, comme la version arctique du... Ice Bucket Challenge. Donc, au moment où le navire s’était très brièvement empêtré dans une pièce de glace particulièrement épaisse, le gant a été jeté et certains hommes l’ont relevé, virilité oblige. Certains d’entre eux, particulièrement braves, se sont presque complètement dénudés. Un seul a eu la bravoure de s’y soumettre à deux reprises.

L’eau, puisée à même l’océan Arctique, était rafraîchissante, c’est le moins qu’on puisse dire. L’eau de mer ne gèle qu’à -1,8 °C et la douche était donc sous le point de congélation, tout comme l’air ambiant, qui était à -5 °C. Nul besoin de cubes de glace ici.

À travers tous ces exploits, nous avons un peu oublié de lancer un défi à notre tour. Notre défi s’adresse donc à tous les autres marins et leur entourage, dans le nord ou ailleurs, qui oseront le relever.

P.-S. Petite correction ou journal de bord d’hier. Le Nunavik sera le second navire commercial à franchir le détroit. En 1986, le Kalvik, un remorqueur naviguant sous pavillon canadien, a fréquenté ces eaux. Il a ensuite fait partie de la flotte de Fednav sous le nom d’Arctic Kalvik et il navigue encore de nos jours après avoir été rebaptisé Vladimir Igantiuk. Toutes nos excuses.

Tim Keane
Directeur principal, Opérations dans l’Arctique et projets.

Jour 8, la vue d'ici

Voici quelques photos prises à l’instant – 9 h 15, heure locale - de l’endroit où nous nous trouvons.

Toute la glace du secteur se presse contre la côte de l’île de Victoria, tandis que le Nunavik longe plutôt l’île de Banks.

Le Capitaine Rose est très satisfait de la dernière image reçue, qui ne montre qu’une seule plaque de glace solide dans le détroit.

Tim Keane
Directeur principal, Opérations dans l’Arctique et projets.

Jour 8, L’entrée du détroit

À 7 h 30 ce matin, le navire s’est présenté à l’entrée du détroit du Prince-de-Galles à 75° 22' Nord et 115° 23' Ouest. Le soleil se trouve toujours sous l’horizon et de légères chutes de neige limitent la visibilité. Nous avons quelque peu réduit notre vitesse.

Nous avons également ralenti pendant la nuit, lorsque nous avons croisé une forte concentration de glace. Les radars du navire confirment actuellement les renseignements fournis par le Service canadien des glaces. Les cartes nous guident dans la planification du trajet et se sont montrées fiables jusqu’ici, permettant au navire de choisir le chemin le plus facile. Nous devrions bientôt atteindre une zone de glace plus épaisse, désignée M sur la carte des glaces. Ces conditions pourraient nous ralentir, mais restent largement dans les capacités du Nunavik. Nous espérons toujours avoir du soleil aujourd’hui, afin de pouvoir photographier le paysage local. Nous n’avons pas vu la terre de si près depuis notre départ de Baie-Déception.

À environ 120 milles d’ici, nous quitterons le détroit pour déboucher dans le golfe d’Amundsen. À partir de là, nous devrions pouvoir naviguer en eaux libres jusqu’à la mer de Beaufort.

Tim Keane
Directeur principal, Opérations dans l’Arctique et projets.

 

 

Jour 7, Le début de la descente 5h 13 PM

Il est 16 h et le Nunavik continue à voguer plein ouest ou presque, avec un cap de 266 degrés. À cette latitude, les lignes de méridiens défilent rapidement et notre position est actuellement de 74° 36' Nord et de 106° 55' Ouest.

La journée a été tranquille. Nous n’avons croisé aucun navire depuis que nous avons dépassé Resolute Bay, où les cargos étaient sans doute les derniers de la saison à effectuer leur livraison. Le nilas et la nouvelle glace de la nuit dernière se sont pour l’essentiel mués en glace grise, dont les flots sont presque totalement recouverts.

Le Capitaine Rose et l’officier de navigation dans les glaces Tom Grandy se relaient continuellement sur le pont, car nous approchons de concentrations plus denses se trouvant à l’ouest. Nous gardons l’œil sur la vitesse, que nous ajustons pour atteindre le détroit de Prince-de-Galles demain pendant la journée. Le détroit, qui fait quatre milles de large, est plus large qu’il ne le faut, mais il est préférable de le négocier à la lumière du jour. Peu de navires ont emprunté cette voie jusqu’ici. Le premier à le faire a été le St Roch de Henry Larsen, qui a aussi été le premier navire canadien à franchir le passage du Nord-Ouest. Selon des statistiques non-officielles, le passage du Nord-Ouest n’a été emprunté que 334 fois par divers types de navires depuis la première traversée de Roald Amundsen en 1906.

De ces 334 « traversées complètes », définies par le Service hydrographique canadien comme un transit de la baie de Baffin à la mer de Beaufort, la majorité a été effectuée par des aventuriers (96), par des navires de la garde côtière canadienne (97), par des navires de croisière ou de plaisance (60) et le reste par un mélange de remorqueurs commerciaux, de navires scientifiques, de navires de la garde côtière américaine et d’une poignée de cargos commerciaux.

Demain, pendant la journée, le Nunavik deviendra le premier navire commercial à franchir le détroit du Prince-de-Galles depuis le SS Manhattan, qui l’a emprunté en... 1969.

Tim Keane
Directeur principal, Opérations dans l’Arctique et projets.

Jour 7, La glace se cristallise sous nos yeux 1h 43 AM

La nuit dernière, peu après le coucher du soleil,  nous avons rencontré de la nouvelle glace en train de se former dans le Haut-Arctique, très exactement là où nous l’avait annoncé le Service canadien des glaces.

Même à distance, le changement de texture de l’eau est évident. La glace qui se cristallise à la surface donne à la mer une apparence satinée, presque huileuse. Elle atténue la houle et la forme des vieux morceaux de glace, plus gros, se détache nettement sur ce fond. Le radar de bord capte un peu plus de signaux qu’avant, mais les plus gros blocs de glace s’observent facilement à l’œil nu. Bien que les journées soient de plus en plus courtes, le crépuscule dure longtemps à ces latitudes. Pendant cette période, les veilleurs de quart n’ont qu’à ouvrir l’œil pour repérer les obstacles et changer de cap au besoin.

Plus tard durant la nuit, de puissants projecteurs ont été allumés à l’avant. Le navire est en pilotage manuel et le demeurera sans doute jusqu’à ce que nous ayons atteint la mer de Beaufort.

Nous sommes actuellement un peu sous le 75e parallèle, à 102 degrés Ouest. C’est le lieu le plus éloigné au nord et à l’ouest qu’un navire de Fednav ait atteint depuis des années – en fait, depuis la fermeture de la mine Polaris en 2002.

Nous avons fixé un nouveau cap à l’ouest. Les conditions sont excellentes sur cette route nordique et le navire restera donc sous ces latitudes jusqu’à ce qu’il atteigne le détroit du Prince-de-Galles, ce qui devrait se produire demain à l’aube.

Tim Keane
Directeur principal, Opérations dans l’Arctique et projets.

Jour 6

Nous nous sommes profondément avancés dans le détroit de Lancaster. En fin de journée, nous avions atteint 74° 18' -1" Nord, 91° 48' -1" Ouest et nous nous approchions du détroit de Barrow.

Notre journée a été baignée de lumière, le soleil ayant brillé de tous ses feux dès le début de la matinée. Malheureusement, en cette saison et à cette latitude, le soleil n’a pas beaucoup de chaleur à nous offrir. Le vent est vif et la température de -4 °C paraît plus froide encore.

Nous avons passé la journée au large de l’île de Devon, la plus grande île au monde à être dépourvue d’habitants, à ce que l’on dit. Au moment où j’écris ces lignes, nous nous trouvons à proximité de l’île Beechey, qui se trouve à l’extrémité ouest de l’île de Devon. Deux des membres d’équipage de Franklin y reposent depuis leur décès, survenu lors du funeste hivernage dans les eaux voisines. Une baie proche porte le nom de deux navires de Franklin, l’Erebus et le Terror.

L’hiver arrive à grands pas et les collines stratifiées de l’île sont couvertes de neige.

Nous avons profité du temps clément (à l’abri du vent offert par la superstructure du navire, à tout le moins) pour manger au grand air ce soir. L’équipage de pont a dressé une table, dont la nappe a été élégamment remplacée par du papier kraft et du ruban à conduits communément appelé « duct tape » à l’initiative du chef cuisinier et du steward. La nourriture était abondante, la compagnie était excellente et les conversations allaient bon train autour du barbecue bricolé à bord par l’équipe de la salle des machines. Une bonne façon de marquer la fin de la journée et le point le plus septentrional de notre périple.

Nous passerons au large de Resolute Bay d’ici minuit et peu après, le navire amorcera sa « descente » vers de plus basses latitudes, alors qu’il fera route vers la mer de Beaufort, plus à l’ouest.

Tim Keane (Sur la photo du bas à gauche)
Directeur principal, Opérations dans l’Arctique et projets.

Jour 5

Nous naviguons au soleil à 73 degrés de latitude nord.

À 17 h aujourd’hui, nous avons enfin dépassé le 73e parallèle – notre position était de  73° 6 minutes Nord, 72° 59 minutes Ouest, pour être plus précis. Un après-midi lumineux, qui tranchait sur une matinée grise et terne.

Nous naviguons loin des terres pour la deuxième journée d’affilée – le radar ne rapporte rien d’autre que quelques icebergs égarés. Même les oiseaux nous ont abandonnés dans notre périple vers le nord. Nous n’avons croisé que deux navires de pêche tôt ce matin. Ils avaient la présence d’esprit de se diriger vers le sud.

Comme il n’y avait aucun paysage à admirer en matinée, j’en ai profité pour jeter un coup d’œil au moteur, dont les quelque 30 000 chevaux-vapeur fournissent assez de puissance pour que le navire puisse se frayer un chemin à travers un mètre et demi de glace compacte. Mais comme il n’y a pas de glace en vue, le moteur ronronne à peine. Il fonctionne à 24 % de sa capacité environ, ce qui suffit à nous propulser à la vitesse appréciable de 12 nœuds.

Le compartiment des moteurs est d’une propreté impeccable – on a presque envie d’essuyer ses pieds avant d’y entrer! Le chef mécanicien Gary Bishop et tout l'équipage de la salle des machines mettent beaucoup de fierté à garder leur antre méticuleusement propre.

Le soleil est finalement revenu cet après-midi, brillant un peu au-dessus de l’horizon à bâbord du navire. Ces conditions lumineuses nous ont fourni l’occasion d’effectuer les essais de performance mensuels du moteur principal. Pendant un bref moment, le Nunavik a vogué à pleine puissance, ouvrant un large sillon sur les eaux du nord de la baie de Baffin. Une fois ces essais complétés, vers la fin de l’après-midi, le navire a repris son rythme de croisière sous un ciel dégagé.

La journée de demain, avec son passage du détroit de Lancaster, nous promet une vue des plus spectaculaires.

Tim Keane
Directeur principal, Opérations dans l’Arctique et projets.

Jour 4

À la fin du jour 4, le Nunavik se trouve presque à mi-hauteur de la côte de la Terre de Baffin. Nous avons traversé le cercle arctique la nuit dernière et nous devrions passer au large de Clyde Inlet d’ici minuit ce soir. La visibilité est bonne depuis que nous avons quitté Baie-Déception, mais le ciel est essentiellement gris – le soleil hésite à se montrer trop longtemps, semble-t-il.

Nous avons observé notre premier groupe de baleines ce matin, mais nous aurions du mal à dire de quelle espèce il s’agissait, au juste. Nous avons plus ou moins convenu, en raison de leur tête trapue et de la forme de leur nageoire dorsale, qu’il devait s’agir de baleines à bec communes. Le navire n’a pas semblé les troubler et elles sont allées jusqu’à nager tout le long de ses flancs pour l’inspecter.

Les icebergs abondent. Nous en avons croisé tout un groupe vers midi aujourd’hui. Pendant un moment, le deuxième officier pouvait compter plus d’une douzaine de signaux radar. Mais les icebergs se font plus rares bien que nous voguions vers le nord et il n’y en a plus que deux à portée de radar.

Nous tenons le rythme et, si tout va bien, le navire mettra demain vers minuit le cap à l’ouest pour franchir le détroit de Lancaster, ce qui nous mènera au point le plus septentrional de notre périple.

Tim Keane
Directeur principal, Opérations dans l’Arctique et projets.

 

 

Jour 3

À la fin du jour trois, nous passerons à côté du cap Dyer. C'est près du tiers de la portion du trajet qui longe la Terre de Baffin.

La mer était agitée la nuit dernière. Le cap du navire changea de l'Est vers le Nord de sorte que la houle arrivait de travers. Étant lourdement chargé de concentré de nickel très dense, le navire est plus sensible à l'état de la mer et la nuit fut inconfortable alors que le navire oscillait fortement au delà de l'entrée de la baie de Frobisher.

Au matin, la houle avait diminué pour nous bercer doucement. Nous avons croisé quelques icebergs imposants, échoués dans la région du détroit de Cumberland. À tribord, l'un d'eux semblait être un clipper.

Il semblerait que nous avons embarqué un passager clandestin quelque part au gré du voyage. Un faucon était à bord presque toute la journée, utilisant un mât comme perchoir, frustrant sans doute les mouettes et autres oiseaux du coin.

Le couchant écarlate est de bon augure quant aux conditions de demain, du moins pour les régions dans notre sillage alors que nous nous dirigeons plus au nord.

Tim Keane
Directeur principal, Opérations dans l’Arctique et projets.

Jour 2

Le soleil se couche sur le deuxième jour du voyage et nous longeons l’Île Resolution, près de 300 milles à l’est d’où nous sommes partis hier. Notre prochain point de cheminement sera le détroit de Davis, alors que nous mettrons le cap vers le nord en direction du détroit de Lancaster. La journée d’aujourd’hui a été consacrée à la préparation du navire pour la navigation en haute mer et aux exercices d’urgences – enfiler des combinaisons d’immersion et embarquer dans le bateau de sauvetage du navire. Les combinaisons sont encombrantes et certainement pas élégantes, mais comme la température de l’eau frise déjà le point de congélation, le style est le dernier de nos soucis.

Notre premier iceberg a été vu à ce matin. Il y en aura bien d’autres. Il était à bâbord, probablement échoué sur la rive méridionale de la Terre de Baffin.

La météo a été plutôt clémente aujourd’hui; éclaircies, sauf durant quelques heures de brouillard éthéré. La lumière du soleil réfractée à travers le brouillard humide engendrait des arcs-en-ciel singuliers qui frôlaient presque le pont du côté bâbord.

Tim Keane
Directeur principal, Opérations dans l’Arctique et projets.

Jour 1

Peu avant 17h aujourd’hui, avec l'aide du remorqueur Tony Mackay, le Nunavik largua ses amarres et quitta Baie-Déception. L'Arctic, vaisseau-phare de la flotte commerciale de l’Arctique canadien, était là pour témoigner de ce départ historique.

Au moment où la plupart des marins pensent à voguer vers le sud et où les renards arctiques revêtent leur manteaux blanc, le capitaine Randy Rose et l'équipage du Nunavik planifient leur itinéraire vers les hautes latitudes. Dans les prochains jours, le navire se dirigera vers l’est, à travers le détroit d’Hudson, puis il changera de cap vers le nord, à travers le détroit de Davis, puis la baie de Baffin, avant d’atteindre le détroit de Lancaster, l’entrée orientale du Passage du Nord-Ouest. Au début de la semaine prochaine, le navire entamera la traversée du mythique passage qui est si souvent abordé dans les médias. Peu après, le Nunavik passera probablement près du site où l’épave du navire de John Franklin a récemment été découverte.

Pendant la première partie du voyage, la glace marine ne causera pas trop de soucis. Mais l’automne est une saison imprévisible et le capitaine Rose, le capitaine Tom Grandy, navigateur de glace et les vigies à bord du Nunavik seront à l’affut de la glace provenant de glaciers (icebergs, fragments d’icebergs et bourguignons) une menace constante dans les eaux arctiques.

Tim Keane, Auteur du blogue
Directeur principal, Opérations dans l’Arctique et projets.

Le Nunavik fait son départ

Le brise-glace le plus moderne de Fednav, le Nunavik, va bientôt entreprendre un voyage historique. Il deviendra le premier navire à transporter un chargement originaire de l’Arctique sur la totalité du Passage du Nord-Ouest. 

Il transporte un chargement de concentré de nickel entre la Baie Déception au Nunavik et le nord de la Chine. Grâce à sa classe polaire, le Nunavik est capable d’effectuer des opérations indépendantes dans des conditions arctiques difficiles.  

Ceux qui sont intéressés peuvent suivre le Nunavik alors qu'il trace une ligne au sommet du monde!